Retrouvons la voie d’une énergie collective !, par Edouard Hecklé

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Une tribune d’Edouard Hecklé – Business Director & Partner, pôle Entreprises & Institutions.

On s’était tous promis une société transformée au sortir de la crise, vertueuse, bienveillante, solidaire, réorganisée et ayant appris de la période que rien ne serait plus jamais comme avant. Pourtant, quelques semaines après le déconfinement, il nous semble que certaines bonnes résolutions risquent de se perdre sur le chemin du bureau alors même que la communication interne est plus que jamais indispensable au succès.

Le contact ne remplace pas le lien

Zoom, Teams, Workplace, Yammer… les outils ne manquent pas et se sont imposés à nous en quelques semaines. Une prise en main forcée qui nous a collectivement fait faire un bond !

Et après quelques jours difficiles… génial, ça marche ! On apprend à partager la parole, à régler son micro, à se cadrer dans l’écran… bref, tout est gagné, plus besoin de se voir !

Et pourtant, l’énergie, la conviction ou encore l’enthousiasme ont bien du mal à traverser nos écrans… bref, il nous manque tous ces éléments impalpables et puissants que dégagent nos « êtres » quand ils sont réunis. Nous le savions déjà : la technologie, reste un moyen, un canal, un vecteur… mais le « contact » ne remplace pas le lien.

Des relations « humanisées »

Pour autant, même éloignés, nous avons rarement été aussi proches les uns des autres ! Notre « communauté de destins » fut bien réelle durant cette période : à défaut d’être dans le même bureau, nous étions bien dans le même bateau partageant les mêmes difficultés !

Et pour cause, être reçu le temps d’une réunion dans le salon d’un client ou voir passer régulièrement derrière l’écran les enfants d’un collaborateur… ça rapproche ! Un élan d’indulgence et d’authenticité s’est ainsi invité à la table de nos discussions. Même les liens hiérarchiques se sont détendus… laissant la place à plus d’humanité. Ça, c’est une avancée !

L’évolution des échanges vers moins de formalisme a ouvert la voie d’une parole libérée et facilité la remonté d’information autant qu’un meilleur partage des messages. A nous désormais, dans le retour à la « vraie vie » et dans nos communications, de préserver cela comme on garde un trésor.

De la considération à la co-construction

Dans la droite ligne de cette décontraction ambiante, la place des collaborateurs dans la communication interne a largement contribué à nouer une certaine proximité et solidarité entre les équipes.

Nombre d’entreprises, à commencer par Lonsdale par exemple, ont mis à contribution les salariés dans des vidéo « home made » pour partager à distance des pratiques, des expériences ou des conseils. Ah l’effet miroir, c’est convenu, mais ça marche !

Pour autant, un pas a été franchi : la plupart de nos interlocuteurs ont prévu une vaste consultation des collaborateurs dans les mois qui viennent pour ajuster leur stratégie de communication interne. On passe ainsi de la considération à la co-construction…

Pas facile, manager de nos jours …

En revanche, cette crise a montré que peu d’entreprises avaient réglé un des sujets centraux et récurrents de la communication interne : le rôle du manager.

Durant cette période, leur mission d’animation et de coordination a été décuplée… non sans peine. Les entreprises interrogées ont pour la plupart pris la mesure humaine de la situation et prôné un discours managerial bienveillant et déculpabilisant avec pour objectif de continuer d’informer et de mobiliser les équipes tout en les rassurant.

Bonne idée… mais comment ? La grande majorité de nos entretiens a montré que les managers manquaient eux d’un accompagnement (voire de moyens) pour appréhender la situation et cascader l’information. Le dénominateur commun à la situation a ainsi été l’initiative personnelle. Chacun a donc « fait à sa sauce »… et c’est bien là le problème : en la matière, nous ne sommes pas égaux !

Espérons que cette crise permettra de formaliser des pratiques et de changer ce constat, ancien et récurrent, en actions et en moyens pour permettre aux managers d’endosser pleinement leur rôle de communiquant.

De l’info, de l’info, de l’info !

Enfin, au-delà des réunions et entretiens en tous genres, et malgré l’incertitude ambiante ou les difficultés de validations internes, l’information a continué de circuler… ou plutôt de descendre.

Info flash, info business, info Covid,… dans une époque qui a glacé l’activité de la plupart d’entre nous, nous avons été servis d’infos chaudes ! On traite l’urgence, l’immédiat, l’organisation, le process… Or, ce que l’on pourrait prendre comme un « accès à l’essentiel, le suffisant, le nécessaire » nous prive du principal : le cap, la vision, l’adhésion.

Il ne faudrait donc pas que cette parenthèse ne devienne une tendance balayant le fond, le sens, la cohésion ou la fierté !

Ainsi, le monde change, mais rien ne change : cohésion interne, culture commune et partagée, fierté et sentiment d’appartenance… sont autant de « vieux » sujets qu’il va falloir adresser avec de nouvelles règles. Et dans cette période de transparence et de défiance, gare aux entreprises qui ne sauront pas faire la preuve de ce qu’elles avancent…

Merci aux personnes qui ont accepté d’échanger librement, notamment Muriel de Teneuille, responsable de la communication interne, RSE, QVT chez Moët Hennessy Diageo, Domitille Kanengieser, chargée de communication interne et marque employeur chez Crédit Agricole Immobilier, Lionel Baraffe, chargée de communication chez Disneyland Paris, et Aurélie Simonin, corporate communications director chez Bouygues Construction, pour leurs contributions à ces réflexions. .

Si vous voulez participer aussi à la réflexion que nous menons, n’hésitez pas à compléter et partager notre étude : http://etude-interne.lonsdale.fr